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Equipements collectifs : Un inquiétant déficit


8 septembre 2009

A peine 17% réalisés à Casablanca, 8% à Oujda... :

- La planification montrée du doigt

- Nouvelle synergie pour des équipements collectifs intégrés

Dans toutes les villes, les équipements publics font défaut. Pis, ceux qui sont programmés dans les plans d’aménagement ne sont réalisés qu’à des taux anormalement faibles. A peine 8% à Oujda, 5% à Berkane, 17% à Casablanca et 20% à Rabat. Dans des petites villes, ce taux tombe à zéro. Cette tendance est mise en relief par les études d’évaluations menées par le ministère de l’Habitat et l’Urbanisme. En tout cas, Taoufiq Hejira ne s’en cache pas et va jusqu’à tirer officiellement la sonnette d’alarme sur un mal qui continue de ronger nos cités si on ne fait rien. C’est ainsi qu’il propose de développer une nouvelle synergie pour réaliser des équipements collectifs intégrés. Un même espace peut contenir plusieurs services comme le dispensaire, la maison de jeunes, la mosquée… Pour lui, « l’ère où chacun doit réaliser son ouvrage est révolue. Le dossier des équipements publics est transversal. Il ne faut plus laisser le fardeau de la construction aux seuls ministères grands producteurs de ces infrastructures que sont l’Education nationale, la Santé, l’Intérieur et la Jeunesse et des sports ».
Ce constat est réitéré par Mohamed Adib Alaoui, directeur de l’Urbanisme au sein du même département. Pour lui, la planification n’est pas correctement mise en œuvre. Ainsi, tant que l’équipement projeté n’est pas réalisé par le ministère concerné, le terrain est frappé par l’utilité publique pendant 10 ans. Le projet de code compte réduire ce délai à 7 ans pour éviter de geler des terrains parce que l’Etat n’est pas arrivé à réaliser son équipement, souligne Adib Alaoui.
En tout cas, la réservation des terrains pour des équipements publics dévoile les défaillances dans le processus de réalisation. Ainsi, la valorisation enregistre des problèmes de financement dans l’acquisition foncière pour les départements concernés. La procédure d’achat des terrains, longue et complexe, ne facilite pas les choses. L’obligation de transiter par le Fonds de réemploi domanial, du ministère des Finances, complique l’opération.

A cela s’ajoute l’absence de ressources financières pour réaliser les équipements réservés. Pour les auteurs des études menées par le ministère, ces contraintes conduisent au constat selon lequel la plupart des zones en voie d’urbanisation enregistrent un niveau de concrétisation très inférieur aux prévisions affichées. D’ailleurs, ils recommandent une remise en cause des méthodes de projection et de réalisation. Autre constat : les ministères sont incapables de définir une programmation et un calendrier d’exécution des équipements qui relèvent de leur compétence. Motif : absence de visibilité au niveau des budgets d’investissement.
Pour ces auteurs, les Documents de planification urbaine (DPU) intègrent un nombre hors portée de réalisations et des normes injustifiées en superficie. « Si le programme en équipements est exagéré, le taux de mise en œuvre est dérisoire. D’autant que les documents d’urbanisme sont souvent figés et contraignants », note un autre responsable au même ministère. En d’autres termes, ils mettent en avant l’ambition exagérée des communes et des services extérieurs qui exigent d’intégrer des programmes et des projets dépassant de loin les besoins sans avoir ni les budgets ni les réserves foncières suffisants. Ce qui entraîne automatiquement un taux de réalisation faible, ajoute-t-il. Il est à rappeler que, dans certains quartiers, la faiblesse de nouveaux équipements est compensée par le secteur privé qui développe des projets particulièrement dans le domaine de l’enseignement et la santé.

Pour lui, la non-budgétisation des DPU explique ces défaillances. L’estimation des coûts n’est jamais appréhendée par les études. Aucun n’est véritablement estimé et réparti selon les différents opérateurs. Ni les collectivités locales ni les départements ministériels ne prennent en compte les enveloppes que nécessite leur mise en œuvre. Ce qui fait dire à la direction urbaine que l’élaboration des DPU n’est pas faite dans une vision d’opérationnalité et de mise en œuvre de la planification. De plus, l’estimation des coûts des équipements mettra les différents départements ministériels devant la responsabilité d’élaborer une programmation de mise en œuvre. Parfois, des documents d’urbanisme présentent des solutions compliquées et onéreuses, qui se sont avérées impossibles à réaliser.

A cela s’ajoute l’inadéquation des modes d’attribution des marchés. En effet, l’administration a confié certaines études à des bureaux d’études techniques étrangers. Quand elle a voulu encourager l’ingénierie nationale, elle a bradé les prix et a accepté les offres les moins disantes. Ce qui a enclenché la médiocrité. On commence alors à recourir à l’expertise étrangère.

Mohamed CHAOUI

www.leconomiste.com



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