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Viandes rouges : La grève des chevillards se poursuit


19 septembre 2008

Une réunion est prévue aujourd’hui avec le président du Conseil de la ville

Décidément, les chevillards, en grève depuis lundi dernier sont bien déterminés à poursuivre leur lutte pour défendre leurs droits. Une conférence de presse a été organisée mercredi aux locaux de l’Union générale des entreprises et professions (UGEP) à Casablanca.

Objectif : dévoiler à la presse nationale, et à l’opinion publique casablancaise, les tenants et les aboutissants de cette crise. « Le problème est sérieux et compliqué » : c’est en ces propos que Mouncef Kettani, président de l’UGEP a entamé son intervention devant une bonne soixantaine de chevillards, qui ont pris d’assaut la salle de conférence.

Selon lui, les professionnels, qui sont très déterminés à défendre leurs droits, revendiquent trois points essentiels. Premièrement, les représentants des chevillards doivent continuer à assister à l’abattage dans les abattoirs afin de contrôler la qualité de leur marchandise. Un contrôle qui a été à l’origine de plusieurs problèmes pour la société gestionnaire des abattoirs. Selon les représentants des professionnels, « la société gestionnaire n’a pas intérêt à subir le contrôle des représentants des professionnels », soulignent-ils. Et d’expliquer : « Le matériel est vétuste, ce qui engendre certains problèmes relatifs à la qualité du produit.

Récemment, une quantité de plus d’une tonne de viande rouge est tombée par terre à cause de la vétusté du matériel. Ce qui la rendait inconsommable. Et c’est grâce à la vigilance des représentants des professionnels que cette viande a été écartée et que les chevillards ont été remboursés ». Toujours selon les explications des représentants des grévistes, la vigilance des représentants des professionnels n’a pas été sans déplaire aux responsables des abattoirs. « Et c’est pour cela qu’ils ont cherché la petite bête à ces représentants et ont retiré à trois d’entre eux leurs autorisations d’exercer, par ordre du président du Conseil de la Ville. Leur objectif était de les intimider et de les faire taire », indique, avec beaucoup de ferveur Mohamed Dahbi, chargé du dossier de l’abattage clandestin au sein de l’UGEP.

Deuxième importante revendication : la lutte contre l’abattage clandestin, qui prend jour après jour des proportions alarmantes et devient une vraie catastrophe pour les professionnels, au vu et au su des autorités. Selon Kettani, les chevillards sont de vraies PME qui investissent beaucoup d’argent et qu’il faut protéger contre toutes concurrences déloyales. Le phénomène de l’abattage clandestin est en train de les asphyxier et beaucoup de familles risquent d’être ruinées à cause de cela.

En effet, la région du Grand Casablanca pullule de points noirs où le phénomène est « quasi légal ». Il suffit de faire un tour à Derb Ghallef, Lissasfa, Zaouia, Lehjajma, Sidi Bernoussi, Bournazel, Ben M’ Sik, Moulay Rachid pour constater l’étendue du fléau. Presque tous les arrondissements sont investis par les vendeurs de viandes rouges issues de l’abattage clandestin. « Nous ne comprenons pas comment les autorités ne sont pas capables de venir à bout du phénomène en arrêtant les coupables qui sont connus », s’insurgent les professionnels.

Pis encore, face au laxisme des autorités locales, les coupables s’attaquent même aux représentants de l’ordre. C’est ce qui est arrivé récemment à deux reprises. En effet, après plusieurs années de lutte acharnée contre ce phénomène, les autorités ont décidé, sous la pression de des professionnels et de peur des répercussions sanitaires, de renforcer le contrôle en multipliant les descentes.

Une brigade, qui comptait également parmi ses membres des représentants des professionnels (une première), et qui s’active le soir et les jours fériés a été également créée. Après des débuts très prometteurs, où des quantités très intéressantes de viandes issues de l’abattage clandestin ont été saisies (quatre tonnes en trois semaines seulement), les lobbys de l’abattage clandestin ont commencé, selon les professionnels, à faire pression et certains se sont même attaqués aux membres de la brigade. Un membre et un médecin ont été blessés alors qu’ils effectuaient leur travail. Malheureusement, les autorités n’ont pas réagi contre les coupables et cette brigade à été suspendue depuis fin août dernier. « Une autre victoire des mafias de l’abattage clandestin qui sont de plus en plus fortes », s’indignent les professionnels dont la troisième revendication importante reste la possibilité de payer leurs taxes aux abattoirs par chèque et non en espèce. « Pour plus de transparence.

Les chèques permettent mieux la traçabilité », expliquent-ils. Rappelons que malgré la grève de la majorité écrasante des chevillards (seules quelques dizaines de bêtes sont abattues par jour aux abattoirs), les professionnels sont presque sûrs que la commercialisation des viandes rouges à Casablanca ne connaîtra pas de baisse notoire à cause de l’abattage clandestin. De toute façon, une réunion est prévue aujourd’hui avec Mohamed Sajid, président du Conseil de la ville de Casablanca. Pour le président de l’UGEP, si les abattoirs de Casablanca montrent leurs limites, pourquoi ne pas libéraliser le secteur des viandes rouges et ouvrir la porte à d’autres investisseurs privés ?


Poisse ou mauvaise gestion ? Nés dans la douleur, les abattoirs de Casablanca ont toujours fait l’objet d’un chapelet de critiques. Dilapidation de deniers publics, mauvaise gestion, dégradation des locaux, conditions hygiéniques déplorables… la liste est longue. En effet, les problèmes ont commencé même avant la date du déménagement des professionnels aux nouveaux abattoirs, en mai 2002. Les professionnels avaient engagé un long bras de fer avec les autorités par peur de perdre leur travail. Le financement de la construction des abattoirs a fait également couler beaucoup d’encre.

Certains observateurs confirmaient que l’enveloppe réservée aux abattoirs ne pouvait pas dépasser les 60 millions de DH, soit douze fois moins que le budget englouti par les nouveaux abattoirs (760 millions de DH). Attribuée à la société espagnole Groupement de viande Gypisa Bejar (GVGB), la gestion des abattoirs n’a pas fait l’unanimité. Les professionnels ont toujours affiché leur mécontentement de certains équipements. Les abattoirs ne disposaient pas d’une vraie salle de vente et d’une aire de réception des abats. Sans le moindre souci hygiénique, les saletés sont omniprésentes dans cet espace (www.lematin .ma). Début 2005, un autre scandale avait secoué les abattoirs de Casablanca. Un ex-vice-directeur général des abattoirs a révélé que la viande infecte servait, au sein des locaux des abattoirs, à la préparation de saucisses, au vu et au su des gestionnaires. Il accusait également les responsables des abattoirs d’avoir importé, à partir de l’Argentine, de grandes quantités de viandes hachées destinées aux grandes surfaces. La presse nationale avait fait écho de ces révélations.

L’année dernière, les chevillards ont entamé plusieurs grèves à cause de la mauvaise gestion de la société espagnole et la prolifération de l’abattage clandestin. La taxation abusive et sans assises juridiques a été également à la base de cette grève. Les professionnels accusent GVGB de déduire une taxe dite bovine qui ne figure pas dans le cahier des charges. Une action en justice est entamée depuis fin mars dernier près le tribunal administratif. Récemment, les abattoirs ont été attribués, après plusieurs appels d’offres, à la société turque UNLUER. Mais, apparemment, personne (professionnels, responsables locaux et autres responsables de la société) n’est encore sorti de l’auberge. Par Mohamed AKISRA | LE MATIN

www.lematin.ma



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