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La copie d’El Fassi rejetée en bloc


22 avril 2008

Les syndicats jugent insuffisantes les propositions du gouvernement

Le gouvernement a été tout sauf convaincant au troisième round du dialogue social. Celui de la dernière chance. Lors de sa rencontre, lundi, avec les syndicats représentatifs, ses propositions ont été en deçà des attentes. C’est en tout l’opinion unanime de l’ensemble des responsables syndicaux.

Hier vers 11h, la délégation de l’UMT, à laquelle a succédé celle de la CDT, est sortie dépitée d’une réunion durant laquelle elle a rejeté en bloc la copie gouvernementale. Dans la voix de Miloudi El Mokharek, secrétaire national de la centrale de Mehjoub Benseddik, l’on sentait la déception mêlée de courroux. Contacté à sa sortie du siège de la Primature, lieu de la rencontre, il a annoncé que les propositions du gouvernement en matière de salaire, qu’il s’agisse du secteur privé ou du public, sont très modiques. Fait marquant et pas moins surprenant, le gouvernement a proposé de petites revalorisations pour les bas salaires et, tenez-vous bien, une hausse de 4.138 DH par mois sur deux tranches à partir du 1er juillet 2008 au profit des directeurs centraux.

« En agissant de la sorte, notre interlocuteur consacre et creuse le fossé des disparités sociales entre petits et hauts salaires », regrette notre source. Sachant que la moyenne des rémunérations des directeurs centraux est de 30.000 DH, il parait clair que cette tranche de hauts fonctionnaires est loin d’être dans le besoin. Du moins, l’urgence ne se trouve guère à ce niveau et l’interrogation devient persistante quant aux raisons ayant poussé l’Exécutif à défendre à la manière la plus syndicale qu’elle soit ces hauts cadres. D’aucuns qualifient le cadeau gouvernemental aux directeurs centraux comme un cheveu sur la soupe dans un dialogue social que l’on voulait d’abord dédié aux masses laborieuses. Car parallèlement, le Premier ministre entend « concéder » une revalorisation du Smig de seulement 2,5% par an à partir du 1er juillet sur quatre ans, soit à peine 46 DH de plus.

C’est pratiquement la même offre patronale sur laquelle le gouvernement s’est aligné et que les syndicats rejettent. Quant aux fonctionnaires de l’échelle 1 à 9, la revalorisation proposée a été scindée en deux, soit 150 DH par mois à partir du 1er juillet 2008 et une deuxième hausse de même niveau en 2009. Là aussi, le schéma s’avère biaisé, indique-t-on, car les fonctionnaires de l’échelle 1 à 5 touchent en moyenne 1.600 DH par mois (moins que le Smig) et même avec 150 DH de plus, ils n’atteindront même pas le salaire minimum. Concernant enfin les fonctionnaires de l’échelle 10, l’augmentation proposée est de 430 DH sur deux tranches suivant le même calendrier. Face au pouvoir d’achat qui ne cesse de s’effriter sous l’effet érodant du coup de la vie, le gouvernement semble faire fausse piste et se tromper de combat.

Et ce n’est pas la fin de l’histoire. Venons-en aux allocations familiales. Après s’être initialement engagé sur une hausse de 30 DH, le team El Fassi a fait « un effort » en la portant à 50 DH. Ce qui doit ramener leur niveau à 200 DH au lieu de 150. Rien n’y fait, les syndicats ne démordent pas de leur revendication de porter les allocations à 300 DH pour chacun des trois premiers enfants. Enfin pour ce qui est de l’impôt sur le revenu, le gouvernement a maintenu sa première offre qui consiste en une baisse de 2 points à partir de 2009 et une autre de même envergure en 2011. Ce qui fait dire au responsable UMT que l’Exécutif essaie de passer sous silence l’année 2010. Sur ce même registre, les syndicats se sont fait un point d’honneur de rappeler au Premier ministre qu’il est temps d’exonérer les pensions de retraite de l’IR. « Il est injuste de continuer à taxer des retraités qui durant toute leur vie ont payé leurs impôts », estime M. El Mokharek.

A l’heure où nous mettions sous presse, la délégation de la CDT venait à peine de sortir de sa réunion avec le Premier ministre. Contacté, Abdelkader Zaer, secrétaire général adjoint de la Confédération, admet que les propositions gouvernementales n’ont pas atteint le niveau escompté. « Nous sommes arrivés à convaincre le gouvernement de revoir sa copie et de nous en faire part avant la fête du Travail (le 1er mai, ndlr). Car, il faut bien admettre que les travailleurs se trouvent dans une situation exceptionnelle qui nécessite une opération de sauvetage de manière urgente ». Rappelons que la Centrale de Noubir Amaoui a mis la barre plus haut en démissionnant de la deuxième Chambre du Parlement, samedi dernier. Les neuf conseillers CDT ont fustigé la contre-performance de l’action parlementaire et tiré à boulets rouges sur la politique gouvernementale.

A la lumière de ces évolutions explosives, le magma social a atteint des températures sans précédent. Pour revenir à l’apaisement, le gouvernement doit faire montre de beaucoup d’imaginations et surtout sortir du cocon des équilibres budgétaires. Ce qui n’est pas évident eu égard aux pressions internes et externes qu’il doit gérer.

Par Mostafa Bentak | LE MATIN

www.lematin.ma



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