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L’école des parents

samedi 28 mai 2005 par (le poète)][ ( - Lu 4334 fois Partager

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Le poète

Chronique : Cogito L’école des parents.

Il y’a de ce jour sept ans, lorsque j’étais élève au collège, la deuxième année fut une étape décisive dans mon parcours estudiantin. J’avais de sacrés problèmes au niveau des mathématiques et je ne trouvais personne pour me souffler juste une idée sur la manière d’aborder cette matière. Mes parents me connaissaient « Moujtahid », ils excluaient l’idée de s’inquiéter pour mes études et ne me demandaient jamais si ça allait, alors que ça n’allait vraiment pas ; mes autres frères et sœurs poursuivaient des études littéraires, les maths pour eux étaient presque du chinois ; mon professeur, lui, à l’air sceptique et timoré, avortait toutes les tentatives de discussions par des « Madha hounak ? Intabiiiiih ! ».

Résultat préliminaire : l’accumulation des remords et des pleurs qui accompagnaient les mauvaises notes en évaluations, des 5, des 8, mais aussi parfois des 11 insuffisants alors que j’avais clos ma première année sur un grand 19 enchanteur. Résultat final : je continuai les deux autres trimestres ainsi et me rendais de plus en plus conscient que mon niveau en maths laissait vraiment à désirer. Continuer dans cette voie allait me mener à l’échec. Heureusement que j’en étais conscient.

Ce black out en mathématiques avait donc changé à 360° mes intérêts pour des études scientifiques vers un parcours littéraire. Les conséquences pouvaient atteindre l’échec scolaire si je n’étais éveillé et assidu. Mais, est-ce que tous les élèves contrôlent leur vie scolaire ainsi et peuvent prévoir les déroutes et les impasses ? Et s’ils ont le don de prévisions, peuvent-ils remonter tout seuls le courant impétueux dont les composants complexes s’acharnent sur eux ?

Le non suivi parental ou familial du parcours scolaire, l’absence de l’écoute chez le professeur concerné directement par le cas, en voilà des facteurs catalysant le mal scolaire dont l’élève est amplement l’unique victime. Beaucoup de parents témoignent d’une attitude Passive et frigide vis-à-vis de l’école et par conséquent de l’évolution scolaire chez leur enfant. Le seul discours, désolant, qui domine est le silence : le silence du laisser-faire, du laisser-aller, même au niveau de l’éducation. Il n’y a pas d’éducation sans guidage de la part de l’adulte. Ce guidage est composé de ce qu’il faut dire et de ce qu’il faut taire, il exige garder le contact puisque si l’absence des parents se prolonge, elle devient néfaste et engendre la rupture. Laisser l’enfant/élève devant ce vide ouvre son comportement sur tous les champs minés partant de la timidité et atteignant la tyrannie, la négligence et le je-m’en-foutisme.

En effet, l’enfant qui rend son cahier où figurent de bonnes notes et qui ne reçoit ni compliment ni encouragement, répond à la négligence continuelle de sa famille par une autre négligence plus têtue et c’est expliqué : Pourquoi faire un effort que l’enseignant récompense par des notes insignifiantes et que les parents ne récompensent même pas ? En voilà de l’expectation qui intervient directement et négativement sur le comportement et le progrès de l’enfant/élève.

Je me souviens des mots classiques et ordinaires que mon père répétait à chaque fois que je lui disais : « J’ai eu 8 ou 16 et des poussières et je suis premier de ma classe ! ». C’était toujours des paroles sèches : « Iwa Mabrouk... ! Félicitations ! » Ou du moins c’est ainsi que je les recevais et percevais. Je ne me rappelle pas avoir été un jour récompensé par un cadeau, une surprise, une tendresse de ne serait-ce que 10 minutes. Et qui plus je passais, la plupart des fois, les trois longs et torturants mois des vacances dans l’espace clos de la maison ou l’espace moins clos du quartier, sous le soleil estival qui asservissait mon énergie. Comment ai-je pu continuer à hausser de mon niveau et garder mon caractère d’élève brillant en absence de tout encouragement ? Un cas spécial, peut-être !

Procédons par opposition et traitons le cas contraire. Un élève qui récolte de mauvaises notes et qui a -Le mesquin- des parents trop exigeants, contrôlant ses moindres gestes, pas et faux pas. Leurs punitions successives soit qu’ils deviennent sans effets, soit qu’ils représentent- malgré la probabilité de résultats positifs- la source chez l’enfant/élève de phobies de l’école dues à l’impression d’être un incapable qui doit toujours être assisté par un adulte pour avancer. Dans ce cas, lorsque le suivi est rigide chez ce genre de parents "autoritaristes", l’élève ne s’attache plus à apprendre selon ses besoins, sinon selon les besoins exigés par ses parents pour ne pas les décevoir ou pour éviter leurs punitions. Ainsi, nous excluons par déduction les statuts de parents trop interventionnistes et ceux trop libéraux. Mais comment donc devenir un bon « parent d’élève » ?

Car les parents sont les plus appropriés à jouer le rôle de trait d’union qui consolide la relation entre vie scolaire et vie familiale, ils doivent rester en contact avec l’établissement et les professeurs. Certains enseignants négligent l’élève qui ne témoigne pas de capacités d’acquisition développées et lui collent l’étiquette du « Kassoul » toute l’année. Si l’élève est marginalisé de telle sorte, il peut rater une année entière, certes à cause du vilain prof mais aussi de la famille qui doit normalement et immédiatement intervenir afin de communiquer ses craintes et ses constatations à l’école.

Devant les mauvaises notes, les parents ont tendance à s’affoler. Ceci arrive généralement à la fin du trimestre lors du résultat final. S’intéresser aux notes générales est une attitude à éviter : le suivi régulier est indispensable, car il faut surveiller la progression de l’enfant/élève pour pouvoir corriger et restaurer à temps. Dans ce cadre, les parents considèrent leur tâche accomplie lorsque leur enfant est entre les mains d’un enseignant de cours d’appui. Quand celui-ci, en cas de conscience et de compétence, leur demande de garder l’œil quand même et continuer à suivre, ils se livrent à des « Kifach ! Âlach ?! » Et finissent, si l’enseignant fait preuve de charisme, par « Wah ! Bessah !! ... ».

Eh oui ! Même avec des cours de soutien, votre rôle, chers parents d’élèves, est extrêmement nécessaire. Vous êtes les anges guides de vos enfants, tous les autres ne peuvent vous remplacer. Vous devez même parfois surveiller le parcours de votre enfant en cours d’appui puisqu’il y’a des enseignants qui se facilitent -Bêtement et sans conscience- la tâche, en faisant les devoirs et les exercices à la place de l’élève. Cela bloque le processus d’acquisition vers l’autonomisation. N’oubliez surtout pas que vous êtes les seuls à s’occuper du climat culturel ou baigne votre enfant, de son confort ; vous surveillez sa nutrition, son sommeil, sa fatigue...Et vous veillez à amalgamer école et loisirs convenablement. Ici me vient à l’esprit une scène gravée dans ma mémoire tellement elle est dosée de révélations, celle d’un personnage du célèbre et merveilleux long-métrage « Le cercle des poètes disparus ». Le collégien, membre du cercle, qui avait trouvé dans le théâtre son espace de rencontre, d’échange et d’épanouissement, avait rencontré le désaccord rigide et autoritaire de son père. Celui-ci désirait éliminer tout temps consacré aux loisirs et élargir davantage le champ des études chez son fils. Il ne prenait pas en considération ses besoins légitimes d’adolescent : s’affirmer, découvrir l’autre, se découvrir soi-même. L’attitude choquante du père après le spectacle réussit, avait déclenché chez le jeune homme une mélancolie plus large que son cœur qui l’a emmené à se suicider et devenir ainsi vraiment un poète disparu. Fiction ! Oui, mais très proche du réel.

C’est ainsi qu’il faut savoir écouter votre enfant, suivre son parcours ; il faut l’accompagner. Et ce n’est pas trop vous demander ! Car autrement, votre attitude « passive et frigide » devient l’une parmi les nombreuses causes de son échec scolaire. Mais ça c’est un autre sujet et ainsi une autre chronique.

D’ici là, cogitons bien sur notre sujet actuel : instruire, socialiser et qualifier, en voilà trois lourdes missions que l’école marocaine ne peut certainement pas accomplir toute seule. L’apport des associations et des maisons de jeunes se révèle important puisqu’il faut préparer l’enfant au grand examen : celui de s’intégrer sans problème dans la vie sociale Et active. Votre apport, vous les parents, ne se discute plus. L’école de votre enfant c’est votre école, son parcours scolaire est aussi le vôtre. Et car « les enfants sont tels qu’on les fait », eh ben veillons à les faire comme il se doit !


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