En 1981, le gouvernement marocain était pris entre la politique des prix des produits alimentaires subventionnés et la politique de la vérité des prix. Il opta pour cette dernière, en décidant une augmentation importante des prix. En Juin de la même année, les émeutes sanglantes qui suivirent ont fait plusieurs morts, qualifiés ironiquement par Driss Basri de martyrs Koumira !
Depuis lors, les gouvernements qui se sont succédés ont pratiqué des hausses de prix à doses homéopathiques, pour éviter d’une part d’intervenir pour réduire la concentration des revenus et d’autre part pour entretenir un consensus social entre industriels et travailleurs. Mais ce consensus s’est fait au détriment d’une autre classe : celle des paysans. Ces ‘‘défenseurs du trône’’ ont vu d’abord leur élite traditionnelle détruite par le makhzen à travers l’aiguisement des conflits de la terre surtout celle des terrains collectifs et de parcours et des droits coutumiers d’eau. Mais aussi par le biais des élections communales et professionnelles truquées. Ensuite, l’Etat a réduit drastiquement les investissements publics agricoles. Enfin et surtout la stagnation relative qu’ont connu les prix des produits agricoles alors que les prix des intrants, des autres produits et services ont subi des hausses exponentielles.
Cette situation ne laisse aux familles paysannes d’alternative que de faire émigrer un ou plusieurs de leurs enfants. Ces dix dernières années, la tentation de l’émigration de l’autre côté de la méditerranée est plus grande, car quand un ou plusieurs membres de la famille réussissent dans cette aventure, le ménage agricole se trouve allégé de bouches à nourrir et surtout avec des revenus de transfert lui permettant de survivre. Mais pour cela, cette famille a dû vendre en totalité ou en partie ce dont elle avait toujours soif : La terre. Malheureusement, les tentatives d’émigration clandestine ne réussissent pas toujours. Certains candidats sont engloutis par la mer ou croupissent dans les prisons espagnoles ou italiennes, alors que d’autres retournent chez eux dans des civières. Ce sont les martyrs Haraga. Ce drame social et humain qui frappe de plein fouet notre région, laisse de marbre les pouvoirs publics. Il est temps de s’y intéresser pour arrêter cette hémorragie en élaborant un nouveau consensus social où les agriculteurs cessent d’être les "subventionneurs" des produits alimentaires de base en les incitant à s’organiser dans des syndicats et des coopératives de production et de commercialisation, dans le cadre d’une nouvelle stratégie agricole participative tenant compte des contraintes internationales certes, mais revalorisant le statut social de cette couche qui s’est toujours sacrifiée en silence pour le pays.










