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Pour quelques mouflons de plus... !

mardi 22 février 2005 par Bachir maaouni - Lu 2160 fois Partager

"Une paysannerie se détruit facilement, elle est impossible à reconstruire" Louis Malassis

" En terme de gouvernance, diriger c’est simplement offrir (allouer) quelques choses et demander (exiger) quelques choses" Jean Leca

Les Ait Slimane de Tassamit de Beni Mellel menaient une vie simple et difficile d’une époque non moins difficile avec son lot d’injustices, de frustrations et de petits bonheurs en attendant des jours meilleurs ; quand survient un malheur plus grand : La réalisation par les pouvoirs publics sur leur territoire d’une réserve. Un grillage autour de 66 hectares du domaine public forestier sur lequel on veut mettre quelques mouflons à manchettes, pour contribuer à sauvegarder cette espèce en danger d’extinction et du coup protéger la forêt et développer le tourisme ! Cette situation soulève un tollé général dans l’opinion publique de la région. De prime abord rien qui mérite tout ce charivari. En réalité, il y a anguille sous roche. Tout d’abord il y a son coût financier élevé : plus de 38.000 Dh/hectare (Allocation de 2550. 000 Dh du budget de la région à cette réserve, officiellement de 66 hectares et de plus de 430 hectares selon la population ) .Le coût humain quant à lui, est exorbitant, puisque plusieurs familles des Bou Imoura vont perdre des revenus et des journées de travail tirés de l’usage de cet espace (pacage, travail et valorisation du palmier nain par les femmes, ramassage des branches...) sans parler de le ré-enclavement des villageois. En outre comment peut on prétendre protéger la forêt de cette commune, quand on sait que cette réserve ne représente qu’epsilon pour cent des 137.00 hectares de son patrimoine sylvestre. Et pourquoi les responsables ont-ils opté pour ce lieu précisément ? Ensuite de quel développement de tourisme parle t-on ? Du tourisme local, national ou international ? Concernant le tourisme local et national plusieurs promoteurs se seraient vus refuser le droit d’investir sur le circuit touristique d’Ain Asserdoune - Tassamit . Nos autorités ont elles la nostalgie du capitalisme d’Etat ou simplement ce beau circuit est aussi "prédestiné" que la réserve ? Quant au tourisme international, il faut plus qu’un grillage et quelques mouflons pour l’accrocher. A moins que ce "parc" ne soit une sorte de « chasse gardée » dans la réserve provinciale, destinée à des loisirs cynégétiques pour attirer des braconniers tout acabit, il est utile de se demander le sort du « parc à mouflons » sur 50 000 hectares au haut atlas oriental ! Enfin, comment peut on réussir un développement rural intégré dont parle le responsable régional des eaux et forêt, quand la population concernée non seulement ne participe pas à ce projet mais pour lequel aussi, elle n’a pas été consultée. Pis encore, l’homme passera au second plan devant la bête. Celle-ci jouira de la priorité dans le peu de ressources aquifères du site. Quant à la procédure administrative du projet, elle aurait été escamotée d’autant plus que le président de la commune concernée aurait émis beaucoup de réserves quant à son aboutissement. En langage de gouvernance, c’est le degré zéro de l’implication des citoyens à la mise en œuvre d’un projet sur leur territoire.

Il faut l’avouer, malgré les deux reportages de 2M, sans l’association Asidd qui construit une école près du site en question, les conséquences sociales et humaines de la réalisation de cette réserve nous auraient passées sous le nez. Grâce à son président, que les journalistes de la région ont invité à un point de presse, nous nous sommes rendus compte, in situ, de l’ampleur des dégâts que les paroles rassurantes du président de la commune n’arrivent pas à occulter. Exactions, menaces, violations de domicile, amendes, pénalités et débris de plomb de cartouches de chasse sont les "indemnités" des autorités aux populations concernées. Ce drame unanimement ressenti par les Bou Imoura, est résumé par les mots de l’un d’entre eux, et dont les autorités ont séquestré le mulet en pleine période de labour en guise de représailles : « Devant cette situation, il nous reste plus qu’à nous cacher les visages et aller vers le feu ou vers la mer ». La honte ! Celle de quitter son terroir ancestral et d’aller au feu des bidonvilles de douar Al Inaach, vers lequel les hauts responsables souhaiteraient les expulser et la mer des Harragas comme recours ultime pour leurs enfants. De la dignité pour Bou Imoura, voilà tout ce que demande le président de l’association Asidd et pour laquelle un mouvement civil citoyen du Maroc « profond » doit se mobiliser pour que la sagesse et la raison l’emportent au profit de l’intérêt des populations, évitant ainsi un bras de fer - dont la région se passerait bien - entre l’association Asidd et les Ait Slimane d’une part et les autorités d’autre part.


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