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Retour à la case de départ

mardi 8 décembre 2009 par Ibtissam bahmane - Lu 891 fois Partager

Le vendredi 13 Novembre, j’ai eu l’honneur de visiter le centre de sauvegarde de la jeune fille d’Agadir qui a été ouvert depuis Mars 2006.
Ce centre accueille des jeunes mineures de 6 à 18ans ayant un casier judiciaire (délinquante, accusée de vol, prostitution, accoutumée à la drogue, …).

Le centre est le premier en son genre au Maroc : son initiation a commencé d’Agadir qui réunissait à l’époque toutes les filles du royaume. Mais avec l’ouverture de cet établissement à Casablanca puis à Marrakech, sa capacité a diminué et ne s’est concentrée que sur les filles de la région.
On recense 33 filles qui sont toutes scolarisées : 7 parmi elles étudient dans des écoles privées et 26 dans des écoles publiques (de la maternelle à la deuxième année Baccalauréat). Pour les 50 filles restantes, elles sont formées par des responsables de l’OFPPT pour leur imprégner les métiers de femmes de chambre d’hôtels, de cuisinières, de couturières, …. avec des opportunités de stage et de travail vu la demande du marché et le besoin dans le domaine touristique.

C’est vrai que les personnes exclues ont toujours une chance pour aller de l’avant et améliorer leur situation mais en voyant les filles du centre surtout celles qui ne l’ont rejoint qu’après avoir passé de longues années dans la rue et en recueillant les témoignages des responsables, ce n’est pas facile de faire de ces jeunes filles de bonnes citoyennes, ayant des valeurs, assumant leurs responsabilités, ….
Je m’excuse pour ces termes mais malgré les formations pour les développer psychiquement, les aider à gérer leur conflit, changer leur vision de la vie et faciliter leurs insertions ; ces jeunes filles ont toujours un faible pour leur ancien monde parce qu’une fois vécues dans la rue, côtoyées les dealers, s’être données à tout genre d’hommes pour assouvir leur envie et s’offrir une vie de luxe, on ne pourra jamais leur mettre en tête de travailler à 1500 Dhs le mois puisqu’elles gagnaient déjà en moyenne 2000 Dhs par nuit. Pour elles, devenir femmes de chambre est quasiment impossible puisqu’elles avaient l’habitude d’être des clientes et non pas des employées.

Imaginez un atelier de formation où l’on commence à décrire les chambres aux nouvelles étudiantes pour leur donner un aperçu du lieu de leur travail potentiel et que certaines de ces filles commencent à commenter : « quand je passais mes nuits à la chambre d’hôtel, je ne faisais même pas attention à l’endroit où était mise la serviette, moi je pensais à autre chose et regardais ailleurs !!! », ensuite tout le groupe va commencer à rigoler et les commentaires et expériences vont faire surface. Quelle sera votre réaction alors ?
Pour elles, la notion de mauvais et de bien n’existe pas, tout ce qui est bon leur permet de rapporter de l’argent et de leur rendre la vie facile et belle ; mais c’est leur vision des choses et le fait qu’elles les cernent que d’un seul côté qui les a rendues ainsi. Elles connaissent beaucoup d‘entraves de la vie, plus que n’importe qui, assise à ses côtés on se sent vraiment ignorant quand on évoque le monde de la nuit, des stimulants, … si elles utilisaient tout ce savoir pour aider les autres à s’en sortir puisqu’on peut dire que ces filles du centre sont sauvées de ce milieu où le fort dévore le faible, où celui qui a le pouvoir contrôle le reste, mais au contraire elles ne font que ce qui leur semble c’est-à-dire revenir à ce monde où elles se sentent comme chez elles, maltraitées, rabaissées, sales, insouciantes, perdues, … une fois l’occasion saisie. Qui voudrait vivre cette situation sachant que rien ne leur manque dans le centre ?

Il faut venir voir les lieux et les inspecter pour sentir la chance qu’elles ont. A vrai dire, je n’ai jamais imaginé voir un centre pareil : bien équipé, très hygiénique, …On sent même qu’il y a un suivi, personne ne peut faire un pas sans le consentement des autres partis décisionnels. Je ne peux pas nier le majestueux travail des formatrices qui se donnent nuit et jour pour voir ces filles une fois atteignant leur 18 ans épanouies, bien insérées, réussies leur vie, … mais c’est rarement le cas sachant qu’on les aide à chercher un emploi et un loyer, avec un accompagnement et un suivi mais malheureusement, on se retrouve en fin de compte avec la même situation du début : filles de la rue.

Comment ces filles qui ne prennent rien au sérieux, qui ne s’intéressent qu’aux sujets malsains, immoraux et sans intérêt et qui ne ratent jamais une occasion de fuite peuvent se frayer leur chemin et se voir réussir ?


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Acte loin, très même de la citoyenneté

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