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Le Harrag dans tous ses états

vendredi 8 février 2008 par Mounir BENSALAH - Lu 1542 fois Partager

Le phénomène « Harrag » - immigrant clandestin n’est pas une invention marocaine. Comme le vent, le flux se déplace de la zone à forte pression à celle à faible pression. Du Mexique vers les Etats Unis, du sud de la méditerranée vers l’Europe, … géographiquement toute la planète est touchée. Historiquement, le même phénomène existait durant tous les temps, souvent dans des sens divers selon le confort économique et l’avancée civilisationnelle. Ce qui nous intéresse aujourd’hui c’est de voir l’extrapolation, les explications, les mobiles et les rouages de ce phénomène chez nous.

Le « Harrag », le sens propre.

Le « Harrag », traduisez brûleur, est une appellation qui puise son origine selon certains d’une légende du clandestin, qui une fois en bon port, brûle ses papiers pour ne plus être identifié. Selon d’autre, l’origine provient de celui qui dépassent le séjour permis, dit qui brûle son visa. De tous les bords, les gens de chez nous ne rêvent que cet Eldorado occidental. Désespéré de voir leur situation s’améliorer chez eux : chômage, faible revenu, … l’image que renvoient certains anciens harrags, blanchis et donc devenu légalement émigrés, du MRE rentrant en Août au Bled sur une belle voiture au toit bien garni de présents à la famille, avec un compte bien garni, des projet d’investissement au bled, … ne laisse pas indifférent, mieux, elle fait rêver plus d’un. Dans certaines régions du pays, l’activité du Hrig est porté en pôle position dans l’économie. Je pense ici aux régions côtières proches des côtes espagnoles : Tanger, Tetouan, Dakhla, Nador, et aussi aux régions Khouribga/Béni Mellal et Casablanca.
Le désespoir est arrivé à son point culminant. En effet, le périple vers l’Eldorado occidental est devenu un rêve pour la majorité des jeunes, légalement ou illégalement. Les raisons peuvent être multiples : améliorer sa conditions de vie, étudier, vivre dans un cadre plus attrayant ( droits de l’hommes, société organisée, droits sociaux, … ). La vie au delà de la méditerranée ou de l’atlantique est devenue une obsession. Tout le monde projette ses ambitions, ses rêves, ses fantasmes dans cette hypothétique vie et croit transformer son malheur ( des fois un malheur projeté ) en bonheur sur l’autre rive.

Le Harrag chez les « contrebandier de la religion »

En 2003, le Maroc a été effrayé par des attentats terroristes perpétrés dans sa capitale économique. L’exception marocaine tant défendue a été mise à l’épreuve. Des jeunes bien de chez nous, de certains quartiers périphériques ont perpétrés au nom de leur Islam des attentas contre des marocains et des étrangers.
En ce moment, le pays dans une grande effervescence, les caméras ont été braqués surtout sur le quartier Sidi Moumen à Casablanca. Ce quartier, dont sont originaires les terroristes, est un mélange d’habitats insalubres, de guettos, …
La situation vécue par ce quartier, devenu icône depuis le temps, et par tant d’autres quartiers, compagnes, villes et régions du Maroc, les crises économiques, sociales, urbanistiques, politiques, … qui sévissent sont autant de facteur de désespoir, de malheur et de perte d’orientation. Le Pr Tozi avait qualifié les kamikazes de Casablanca de « Harraga vers le paradis ». Le Harrag, socialement, ici, clandestin et immigré également, est quelqu’un qui fuit sa réalité misérable en espérant atterrir dans un avenir meilleur, le paradis en l’occurrence.
Les kamikazes sont des personnes vivant dans la précarité. De toute nature que ce soit ( matérielle, intellectuelle, … ) cette précarité laisse le champs libre pour des gens qui ont l’instrumentalisation de la religion comme fond de commerce. L’utilisation de jeunes désabusés, oisifs, sans repère pour les pousser à l’extrême est une chose odieuse.

Le Harrag politique

En Septembre 2007, sur 18 millions de marocains éligibles au vote, seuls finalement 4 millions ont voté positivement pour un parti. Les autres sont tout simplement des Harraga.
Les non votants ont fuit le devoir, le droit constitutionnel, ils ont abdiqué à leur droit de cité de participation à l’élaboration de leur devenir. Le désespoir a finalement eu gain de cause. Aucune cause n’est susceptible de rassemble, ni même de faire diverger. Le débat ? il est ailleurs. Le fossé séparant les intellectuels, les politiques avec le citoyen se creusent chaque jour davantage. Le marocain a perdu confiance en politique. Le processus démocratique enclenché il y a plus d’une décennie n’a pas résolu les grandes problématiques qui sont les siennes : séparation de pouvoirs, équité sociale et économique, développement humain, … Le contexte international aidant, la politique ne séduit plus. Le façonnage des esprits par les chaînes satellitaires a rendu la politique un produit périmé !
La grande question pour laquelle nous sommes tous acculé de trouver réponse est la suivante : quelle est la destination des harragas politique ?

Espoir

Le Harrag a aujourd’hui besoin d’espoir. Il a besoin de voir les répercussions de certaines avancées dans le pays concrètement sur son quotidien.
Le harrag, de profil jeune en général, est une perte pour le pays. Ne laissons pas périr notre richesse, cette jeunesse désorientée. Rassurons-la.
La jeunesse a besoin d’espoir. Un espoir réel, pas un faux espoir véhiculé par la télé réalité. Elle a besoin de profils en qui s’identifier. Elle a aussi une grande responsabilité. Les jeunes sont amenés à assumer le sort de leur pays. Si la génération de nos grands parents s’est sacrifiée pour l’indépendance, une génération suivante s’est sacrifiée pour arracher les droits élémentaires, nous avons la responsabilité de léguer à nos enfants le Maroc que nous souhaitons pour eux. Un Maroc prospère.

Mounir BENSALAH


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