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Êtes-vous à l’écoute ?

lundi 21 janvier 2008 par Mounir BENSALAH - Lu 1327 fois Partager

La libéralisation du paysage audiovisuel marocain a créé une métamorphose dans les esprits. Le phénomène ne laisse personne indifférent. On est loin du temps où les ondes ne programmaient que des stations à appellations multiples et discours unique. Avions-nous le choix ? Je doute fort que oui, mais une sincère volonté politique devrait être présente.

Le Parlement marocain a adopté le 25 novembre 2004 à l’unanimité le projet de loi gouvernemental sur la libéralisation de l’audiovisuel. Ce projet dont la préparation a commencé en 1999 venait pour conclure une victoire de la raison. A l’ère des paraboles, Internet, … la question qui se posait : comment faire pour réconcilier les marocains avec leurs médias audiovisuels ? Un grand changement de mentalité a été opéré. En effet, le Maroc passe d’un paysage audiovisuel entièrement contrôlé par le sécuritaire à travers la mainmise du ministère de l’intérieur sur le département de l’information à un paysage audiovisuel libre et régulé par une instance HACA.

La radio, succès de la proximité.

La prolifération de radios privés régionales est le témoin du succès de cette vision. Le Marocain est enfin réconcilié avec son poste radio. Conscient de la concurrence rude dans le secteur et l’étroitesse du marché de publicité, principale source de revenue, les stations de radio ont fait de leur mieux pour gagner en audience. Pour ceci, le professionnalisme et la proximité ont été les principales pistes explorées.

Ainsi, l’auditorat a été multiplié ainsi que le temps d’audience. La participation massive aux émissions de talk des stations radio démontre l’engouement des Marocains à s’exprimer. La participation de ces nouvelles recrues dans le domaine a créé une émulation dans le secteur favorable à la promotion des espaces d’expression et à la création artistique et culturelle. En effet, la proximité de ces stations sert à aviser les auditeurs des festivités régionales et des créations culturelles, au grand bonheur des Marocains.

Et les radios, il y en a pour tous les goûts ! Économiques, généralistes, pour jeunes, … l’auditeur a désormais une large palette de choix, quantitatif et qualitatif. Selon l’AFP, 92% des urbains de plus de 15 ans écoutent la radio désormais. La télévision, à la traîne.

Contrairement à la radio, les investissements nécessaires pour une chaîne de télévision sont extrêmement élevés. Ceci explique cela, on ne se bousculait pas pour faire des télévisions. Une seule chaîne privée a vu le jour, la version télévision de Médi1, radio franco-marocaine, qui émet de Tanger depuis 1981. Par contre le pole public s’est renforcé par des chaînes thématiques : TV régionale à Laayoune, culture, sport, religion, et bientôt une chaîne amazigh.

La télévision n’a pas fait sa mue, à en croire plusieurs observateurs. Le pole public a presque le monopole et n’a pas grandement changé son approche vis-à-vis des téléspectateurs. Le débat politique que les Marocains attendaient lors des dernières consultations n’a pas eu lieu et la grille des informations est presque obsolète. Le changement est lent, absence de concurrence ou manque de volonté ? La télévision reste tout de même un média de propagande très puissant.

Réalisation et limites.

Si le Dahir de 2002 instituant la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) et la loi instituant la libéralisation du secteur sont vus comme une grande avancée dans la démocratisation du Maroc, le chemin à parcourir est encore long. Il est vrai que la technologie d’émission est à l’avant-garde, la pluralité est exprimée, mais le processus d’ouverture de la télévision surtout reste en deçà des attentes. Les radios privées, par contre, ont créé un réel débat social, elles ont donné l’occasion au citoyen de se retrouver dans l’audiovisuel, mais le discours archaïque et dépassé véhiculé par nos chaînes de télévision et radio publiques plombe la qualité des prestations de l’audiovisuel marocain et encourage les citoyens à se tourner vers les autres chaînes arabes et internationales.

Les ressources humaines représentent également un grand handicap au développement du secteur. Outre la rareté des compétences et leur migration vers d’autres cieux, l’étroitesse du corps de journalistes et techniciens du domaine fait que la demande est bien supérieure à l’offre. Autre handicap, la mesure d’audience. « Nous avons de plus en plus besoin de connaître notre audience, ce n’est qu’en ayant des chiffres précis et fiables que nous pouvons démarcher des annonceurs », déclare Younès Boumehdi, directeur de Hitradio. Si La HACA a peiné pour installer Marocmétrie, société à laquelle on a confié la mesure d’audience pour la télévision, aucune stratégie n’a été initiée dans le domaine de la radio à l’image de l’OJD pour la presse écrite.

La conquête des espaces de libertés, la confiance des auditeurs et spectateurs, le traitement professionnel des débats de société par le biais d’émissions de talk, … sont autant de facteurs qui traduisent la réussite du choix de la libéralisation.

A l’heure des podcasts et autres émissions sur le réseau Internet, la régulation est un leurre.
« Et nous sommes arrivés à la même conclusion : la bataille de la régulation sur Internet est perdue d’avance » dixit Ahmed Ghazali. Le choix de plus en plus multiples d’émissions et de chaînes impose aux opérateurs marocains plus d’audace dans la concrétisation de ce projet. La nouvelle vague de licence est à l’étude, mais le bilan de l’étape s’impose. Qu’en pensez-vous ?

Mounir BENSALAH


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