La libéralisation du secteur ne peut être que de manière graduelle et sous conditions. Elle doit aussi tenir compte de l’impact social.
Dans deux semaines, le 15 septembre, il sera procédé à l’ouverture des plis concernant l’étude sur la révision du système de compensation et la réorganisation de la filière du gaz butane, commanditée par le ministère de l’Energie.
Comme son intitulé l’indique, cette étude vise essentiellement d’avoir un ou des scénarios sur la décompensation du prix du gaz butane et son impact socioéconomique. Bien que le sujet de la décompensation ne soit pas du ressort du département d’Amina Benkhadra, il fait l’objet d’un intérêt particulier dans le CPS de l’étude. Le ministère de l’Energie réussira-t-il là où celui des Affaires économiques et générales s’est déclaré dépassé pour ne pas dire vaincu. Il n’y a pas longtemps, l’Argentier du pays, Salaheddine Mezouar, avait reconnu l’échec du gouvernement dans ses tentatives à endiguer les déficits successifs de la Caisse de compensation et à mettre en place une réforme aux contours bien clairs.
Pour finir l’année, rappelons-le, la Caisse aura besoin de 14 milliards de DH supplémentaires. Il faut dire que sur son aspect lié à la compensation l’étude ne manquera pas de créer un malaise entre les deux départements de l’Energie et des Affaires économiques et générales. Sans complexe aucun, il est clairement dit dans le CPS que « l’option de la décompensation des prix de la bouteille devra être examinée en vue d’identifier les difficultés possibles, d’évaluer l’impact socio-économique et de proposer des garde-fous à mettre en place pour une telle option ». Plus encore, il y est dit sans ambiguïté que la libéralisation et le désengagement total de l’Etat de la fixation des prix permettra au gaz butane de retrouver une utilisation rationnelle, économique et efficiente, dictée uniquement par les lois d’un marché libéral.
L’on ne peut qu’être perplexe dans la mesure où le CPS cherche carrément à orienter l’étude au lieu d’attendre ses résultats. Certes, l’on ne peut qu’être d’accord que la filière du gaz butane a besoin d’être réformée, mais pas à l’emporte-pièce, ni encore en ignorant tous les paramètres multiples et complexes qui la composent.
Appliquer la réalité des prix à la bombonne équivaut à ce qu’elle soit commercialisée à 110 DH au lieu de 40 DH actuellement. Il est vrai que le CPS nuance en mentionnant le passage par une étape intermédiaire. Celle-ci fait l’objet de l’autre grand chapitre de l’étude qui concerne la réorganisation de la filière dans son ensemble. Ce qui veut dire, entre autres objectifs, l’amélioration des structures des prix actuelles. Ceci en tenant compte des marges bénéficiaires et frais de passage accordés au secteur des GPL, et de la subvention des prix. Dans la foulée de cette ébauche de réflexion et sans surprise, le CPS parle de ciblage pour juguler les effets pervers de la réforme. L’on veut s’inspirer de Tayssir pour épargner aux couches démunies de subir au même degré d’intensité une probable application de la réalité des prix. Pour Abdellah Alaoui, président de la Fédération de l’énergie, qui n’aime pas trop le principe même de compensation, il aurait été plus judicieux d’augmenter le prix de la bombonne de manière graduelle et progressive.
Cette perspective devait être lancée depuis quelques années déjà, mais les gouvernements craignaient les effets secondaires d’une cure que l’on préférait taire. La décompensation est devenue alors un sujet tabou, une réforme de trop que l’on se passe comme un témoin d’un Exécutif à l’autre. Aujourd’hui, tout le monde reconnaît la nécessité d’aller vers la libéralisation du secteur à l’horizon 2012 ou 2014 avec des prix plafond et plancher en guise de garde-fous. Car, comme peu de gens le savent, le poids du gaz butane dans le panier de la ménagère, selon l’Indice des prix à la consommation, établi par le HCP, est de seulement 2,32%. Par contre, le gaz butane absorbe 74% des subventions destinées aux produits pétroliers. Sur un marché de GPL de 1.894.000 T en 2009, le butane a représenté 91% (1.729.000 T). L’on comprend mieux la mesure de la contrainte en sachant que les besoins du marché en butane sont couverts essentiellement par l’importation. La production locale ne couvre que 2 à 3% du marché.
Par ailleurs, l’évolution de la consommation est allée crescendo. Les quantités importées de butane sont passées de 352.000 en 1990 à 1.700.000 T en 2009. Et ce à cause de la quasi-stagnation de la production des raffineries et compte tenu du fort taux d’augmentation de la consommation du marché national, indique-t-on. Le parc de bouteilles à l’échelle nationale est de l’ordre de 20 millions de réservoirs 3kg, de 13 millions de réservoirs de 12 kg et de 1 million de réservoirs de 6 kg. Décompenser le butane peut être bénéfique pour le Budget de l’Etat et pour l’économie de marché, mais il a aussi des effets secondaires comme la déforestation. Les populations nécessiteuses vont, dans ce cas, avoir fortement recours au bois pour le chauffage et au charbon de bois pour la cuisson. Mais abstraction faite de la portée sociale de ce chantier, l’étude doit déboucher sur une plateforme pour le secteur des GPL, mettre en exergue les axes fondamentaux d’une nouvelle stratégie et formuler les mesures organisationnelles et légales nécessaires pour un développement harmonieux du secteur. Par Mostafa Bentak | LE MATIN










