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Japon : Naoto Kan arrive à la tête d’un pays en pleine crise de confiance

vendredi 4 juin - Partager

Naoto Kan, un ancien militant de gauche devenu partisan de la rigueur budgétaire, a été élu Premier ministre du Japon vendredi, avec la lourde tâche de rétablir la confiance après l’expérience malheureuse de son prédécesseur, Yukio Hatoyama.

M. Kan, 63 ans, qui occupait les postes de vice-Premier ministre et ministre des Finances dans le gouvernement sortant, a obtenu 436 voix sur un total de 714 votes exprimés dans les deux Chambres du Parlement.

"La priorité est de revitaliser le pays et d’avoir un parti dont tous les membres peuvent se lever ensemble et proclamer avec confiance +On peut le faire+", a déclaré M. Kan devant les représentants du Parti Démocrate du Japon (PDJ), au pouvoir depuis sa victoire aux législatives d’août 2009.

"Au cours des 20 dernières années, l’économie japonaise est restée au point mort", a-t-il poursuivi. "La croissance s’est arrêtée. Les jeunes ne trouvent pas de travail. Ce n’est pas un phénomène naturel. C’est la faute de politiques erronées."

"Je pense que l’on peut obtenir une économie forte, des finances fortes et une protection sociale forte, tout cela en même temps", a-t-il ajouté, en promettant de réduire la dette publique astronomique qui atteint près de 200% du PIB.

Ancien militant de gauche connu pour son tempérament bien trempé, M. Kan s’est fait remarquer dans les années 90 comme ministre de la Santé, lorsqu’il a poussé son administration à révéler un scandale de transfusion sanguine infectée au VIH.

Au portefeuille des Finances, il a adopté des positions réalistes face à la situation économique, en se prononçant publiquement en faveur d’une hausse de la taxe sur la consommation, actuellement de 5%, et d’un plafonnement de l’endettement public de la deuxième économie mondiale.

La tâche du nouveau Premier ministre ne va cependant pas être facile, après l’échec du premier gouvernement de l’ex-opposition de centre-gauche, portée au pouvoir par une immense majorité de Japonais lassés d’un demi-siècle de domination des conservateurs.

"Nous avons décidé de partir au milieu du chemin. C’est extrêmement regrettable et nous sommes profondément désolés de n’avoir pas réussi à remplir les promesses faites au peuple", a déclaré l’ex-Premier ministre Yukio Hatoyama, qui aura gouverné moins de neuf mois au cours desquels sa cote de popularité a dégringolé de plus de 70% à moins de 20%.

Il avait notamment promis de retirer la base aérienne de Futenma de l’île d’Okinawa (sud), mais Washington a insisté pour que Tokyo respecte l’accord conclu en 2006 entre les deux alliés sur son maintien.

Après avoir tergiversé pendant des mois et multiplié les déclarations contradictoires, M. Hatoyama a été contraint d’avouer son impuissance et de revenir au projet initial.

La gestion désastreuse de cette crise, qui a laissé des traces sur la relation nippo-américaine, et un scandale politico-financier qui a éclaboussé son entourage sont les deux raisons qu’il a fournies pour expliquer son départ.

M. Kan a tenu à souligner l’importance du renforcement des liens avec les Etats-Unis, alliés du Japon, en particulier face à la menace de la Corée du Nord.

Le nouveau gouvernement, dont la composition sera annoncée au début de la semaine prochaine, va devoir dans l’immédiat se préparer aux élections sénatoriales prévues en juillet.

Selon deux sondages publiés vendredi, l’annonce du départ de M. Hatoyama a redonné des couleurs au PDJ, qui gagne entre 6 et 9 points d’opinions favorables en une semaine.

Il semble toutefois difficile pour le parti au pouvoir de parvenir à s’assurer une majorité absolue au Sénat et de se dispenser ainsi de passer des accords de coalition avec de petites formations.

© 2010 AFP


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