Pour la première fois une commission parlementaire se penche sur les prix
Un marché surprotégé où le patient subit le diktat des labos
C’est un travail intéressant que vient de produire la mission d’enquête parlementaire sur le prix du médicament. Une de ces enquêtes comme l’opinion aimerait en voir un peu plus souvent à l’échelle de l’hémicycle.
Dans les annales de l’enceinte le seul exercice notable aura concerné ces dernières années la mission d’investigation de la CNSS de Rahou El Hilaa. Rapport qui avait eu le mérite d’exister mais auquel l’on avait reproché à l’époque la politisation à outrance et qui avait péché par son manque de rigueur scientifique et certains chiffres surréalistes. Sur le thème du médicament, l’opinion ne manquera pas de remarquer qu’il y a une semaine, c’est une autre étude qui faisait, comme par hasard, le tour de certaines rédactions, l’étude du Boston Consulting Group commanditée par l’Amip (Association marocaine de l’industrie pharmaceutique). Une opération de com, officieuse, sans fait générateur si ce n’est l’actualité du rapport parlementaire !
Le prix du médicament a toujours été une question qui fâche. Il y a quelques années l’ OMS était déjà la première à pointer quelques aberrations au niveau des procédures de fixation des prix et qui justifieraient à ces yeux la cherté de beaucoup de médicaments. Le 1er paradoxe de ce secteur en effet est que d’une part la filière est soumise au début de la chaîne aux règles classiques d’une économie de marché, avec ses investissements, son marketing agressif, sa concurrence et de l’autre à des tarifs réglementés et pas tout à fait transparents. C’est d’ailleurs ce dernier aspect que souligne le rapport de la commission parlementaire. Le 2e paradoxe, c’est que l’Etat a une influence directe ou indirecte sur les 2/3 d’achat de médicaments au Maroc, mais n’exploite pas assez ce rapport de forces. Le marché du médicament semble ici vouloir conserver un pouvoir sur la formation des prix qui est pourtant la base sur laquelle repose un fonctionnement normal de l’offre et de la demande. Cette industrie est l’un des derniers bastions à résister à l’ouverture même si la ministre de tutelle istiqlalienne Yasmina Baddou a promis de s’attaquer rapidement aux dysfonctionnements.
Sans aller jusqu’à plaider ouvertement à ce que les autorités de la concurrence soient saisies du dossier, certaines conclusions du rapport invitent à un débat urgent sur les marges bénéficiaires, les mystérieux freins qui empêchent certains produits moins chers et pour des maladies lourdes d’être lancés sur le marché local.
Ce n’est pas seulement l’intérêt du consommateur qui est en jeu mais aussi la dimension macroéconomique à travers l’équilibre financier des régimes d’assurances maladie qu’il s’agisse de la CNSS ou de la Cnops. En toile de fond, se profilent d’autres questions. Quand bien même ce marché produirait 70% des besoins en médicaments, pourquoi devrait-on lui tolérer une protection que l’on refuse par exemple au textile ou à d’autres industries ?
Mohamed BENABID









