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Lutte contre la « chicha » narguilé : La police à l’assaut des cafés

jeudi 19 février 2009 - Partager

La consommation du narguilé dans les espaces publics se poursuit malgré son interdiction

Rachid, propriétaire d’un café à Hay El Oulfa, et qui a été fermé depuis trois semaines à cause de la chicha, indique que cette ’’traque’’ de la part des éléments de la police porte un grand coup à son commerce. « Depuis des semaines, il y avait une sorte de ‘hamla’ contre les cafés de la chicha, surtout ceux qui se trouvent dans des quartiers populaires », précise-t-il, tout en fumant nerveusement sa cigarette. Il met ainsi à l’index la pratique discriminatoire de fermeture. En effet, plusieurs plaignants affirment que d’autres cafés situés dans les quartiers huppés de la ville, notamment Mâarif ou Aïn Diab, continuent de servir ’’la pipe à l’eau’’ aux accros. Il est à rappeler qu’un arrêté a été signé en novembre 2004 par le wali du Grand Casablanca. Il porte sur l’interdiction stricte de la consommation du narguilé à eau dans les endroits publics. Depuis cette date, les autorités font, tant bien que mal, la chasse aux cafés qui servent la chicha. Toutefois, les cafés de la chicha n’ont pas cessé de pousser comme des champignons.

Une situation qui a rendu nécessaire l’élaboration d’un texte législatif qui corrobore l’arrêté. En conséquence, une proposition de loi portant interdiction de la consommation et de la vente du narguilé dans les lieux publics avait été déposée le 14 mai 2008 auprès de la Chambre des représentants. En attendant l’adoption de ce texte qui prévoit de lourdes amendes et des peines d’emprisonnement, la police de Casablanca a déjà corsé la lutte contre les cafés qui servent le narguilé à ses clients. Ainsi, elle a effectué plusieurs descentes et a procédé à plusieurs arrestations. La dernière en date s’est soldée par l’arrestation du gérant d’un café à Hay El Baraka, suite aux revendications des habitants. Traduit en justice, le gérant a avoué que son établissement servait également de lieu de rencontre entre prostituées et clients, contre la modique somme de 20 DH. Après examen du dossier par le tribunal, le gérant a écopé d’une peine de deux mois et une amende. Le prix de la chicha reste tributaire de l’emplacement du café où il est servi. Dans les cafés des quartiers défavorisés, son coût varie entre 20 et 30 DH.

En revanche, dans les cafés chics des quartiers huppés, il se situe entre 50 et 100 DH. Malgré plusieurs campagnes de sensibilisation afin d’informer les accrocs sur les effets néfastes de la cigarette sur la santé, les intervenants ont commencé à mettre de la lumière sur les répercussions de la consommation de la chicha dont les risques restent sous-estimés, voire méconnus par les fumeurs. Bien plus dangereuse que la cigarette, la chicha contient des milliers de produits toxiques. Aussi, la combustion douce du tabac du narguilé (qui dure 60 minutes contre 5 min pour une cigarette) génère plus de monoxyde de carbone et de goudron. Une chicha fumée équivaut à la consommation de 20 à 30 cigarettes. En plus des diverses maladies respiratoires engendrées par le tabagisme en général, la chicha a la particularité d’être fumée en groupe. Une convivialité jugée sale car le passage de l’embout d’une personne à une autre favorise la transmission de plusieurs maladies dont l’herpès, la tuberculose et l’hépatite.

En France par exemple, sa consommation n’a pas été prohibée mais l’usage a été conditionné par l’utilisation par chaque client de son propre embout ... Avant que la loi antitabac ne condamne à mort la consommation de la chicha. Pour garder leurs clients, certains patrons défendaient l’idée que la chicha est moins nocive que la cigarette. Mais contrairement à cette idée répandue, le narghilé crée bien une dépendance et les petites soirées exceptionnelles entre amis se transforment souvent en rendez-vous quotidiens.

Que prévoit le projet de loi ?

Le 1er article du projet de loi relatif à la lutte contre la consommation du narguilé dans les lieux publics stipule qu’« il est interdit de consommer le narguilé, de le vendre ou de vendre les produits y afférents ». L’article 2 précise, quant à lui, que toute personne prise en flagrant délit de consommation de ce produit encourt une peine d’emprisonnement d’une durée de 1 à 3 mois et d’une amende de 1.000 à 2.000DH. Le double est prévu en cas de récidive. Pour sa part, l’article 3 indique que la personne qui tient un commerce ou un local où est consommé le narguilé encourt une peine d’emprisonnement de 3 à 6 mois et une amende de 10.000 à 20.000 DH. Il est à noter que le matériel lié à cette activité sera saisi et le local sera fermé pendant une durée de 6 mois.

Ces peines seront portées au double en cas de récidive et l’agrément d’exploitation du local sera retiré. L’article 4, lui, indique que les commerçants des produits qui entrent dans la fabrication et le façonnement du narguilé sont passibles d’une peine de prison de 3 à 6 mois et d’une amende de 10.000 à 20.000 DH avec saisie des produits et fermeture des locaux pour une durée similaire. La peine sera automatiquement doublée en cas de récidive et l’agrément d’exploitation du local sera également retiré.

Par Abderrahim Bourkia | LE MATIN

www.lematin.ma


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