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Medi 1 Sat entre plusieurs contraintes

jeudi 25 septembre 2008 - Partager

- Des difficultés d’origine génétique
- Ahizoune veut « sauver l’entreprise »
- Des coûts bas, mais des recettes faméliques

« Notre objectif est de sauver l’entreprise », Abdeslam Ahizoune, le nouveau PDG de Medi 1 Sat, le dit sur tous les tons. Le président d’Itissalat Al Maghrib, IAM, ne veut ni fermer, ni liquider la chaîne. Deux audits ont déjà été faits, mais il faut y voir plus clair, analyser le business pour évaluer les capacités à être équilibré… avant de décider de recapitaliser, explique-t-il. Il ajoute qu’il faut aller vite, et indique que ce sont aussi les dispositions d’esprit de la CDG. Les deux entreprises marocaines ont chacune 28% du capital. Le reste est constitué de deux participations d’origine française, RMI à 14%, et une entité dépendante de la CDC (l’équivalent français de la CDG), CIRT, à 31%. Il s’agit d’établissements, non pas publics, mais d’esprit public.

Entente franco-marocaine

Abdeslam Ahizoune ajoute que les « actionnaires marocains sont sur la même longueur d’onde que les Français » ; une précision importante, face à des affirmations de mésententes, mésententes qui auraient été à l’origine des difficultés financières actuelles.

Pour l’instant, la chaîne, installée par décision spéciale dans la zone franche de Tanger, n’a que peu de recettes, bien loin des 12 millions d’euros (environ 132 millions de DH) que coûte annuellement son fonctionnement. Pour Pierre Casalta, « c’est certainement la chaîne d’informations la moins chère du monde ! ». Mais le problème, c’est qu’elle n’a que des recettes faméliques, dont, en outre, une partie lui vient de son actionnaire IAM. Or, Maroc telecom, vedette de la Bourse à Casablanca, et vedette des télécoms en Afrique comme en Europe, ne peut pas laisser cette situation perdurer sans explication convaincante. Ni Casalta ni Ahizoune ne veulent donner des chiffres sur les recettes de Medi 1 Sat. Mais avant la publicité, Medi 1 Sat a-t-elle trouvé son public ?

Pour son premier président, la réponse est positive. Il cite des études de marché et d’audience sur les trois principaux pays du Maghreb (voir entretien ci-contre), des études qui laissent les observateurs dubitatifs. Les rares spectateurs casablancais qui la connaissent louent les choix de documentaires étrangers, mais sont réservés sur l’information et les documentaires maison. Ce concept aurait d’ailleurs valu des remarques de la part de la Haca, point qui n’a pas pu être vérifié. En tout état de cause, il ne peut pas s’agir d’avis en bonne et due forme, car la Haca les rend publics.

Le fait d’être chaîne d’influence, mais pas seulement, n’est pas un exercice simple non plus. Entre le Maroc et l’Algérie, les choses sont plus complexes que de sempiternelles disputes de frontières et de voisinage.

Trop, est-ce vraiment trop ?

C’est ainsi que l’ambassadeur itinérant, Hassan Abouyoub, regrette que trop d’informations déformées et négatives circulent au Maroc sur l’Algérie : selon lui, ce substrat informationnel empêche les entreprises marocaines de saisir leur chance dans les opportunités algériennes. Si la chaîne avait été entièrement une force d’influence, sans doute que la partie française aurait dû baisser pavillon pour ne pas être en conflit direct avec Alger, conflit où, évidemment, Paris n’a rien à gagner. Dans ces limites structurelles à l’instrument d’influence, a été trouvée l’idée de passer par des actionnaires qui ne soient pas tout à fait des instruments publics et qui ne soient pas non plus des privés uniquement guidés par la rentabilité, mais qui en conserveraient quand même le souci constant. En effet, personne ne voulait ouvrir la porte à des financements sans fin. Construction compliquée qui aurait fonctionné si la chaîne avait trouvé immédiatement son public et donc ses recettes publicitaires.

Actuellement, impossible de savoir quel est le niveau réel de l’endettement et donc le prix du ticket pour un nouveau tour de piste. En même temps, il est difficile de voir vers quel concept la chaîne pourrait évoluer pour rencontre son public : la passation de pouvoir est trop récente.

Influence et libéralisme

La construction et la survie de la chaîne Medi 1 Sat pose donc la question de ses objectifs affichés et implicites. On avance souvent l’objectif d’influence, comme le fait d’ailleurs l’ancien PDG, Pierre Casalta. Mais il n’empêche que la construction juridique et financière est davantage celle d’une entreprise normale, même si elle a obtenu d’exercer dans la zone franche de Tanger, pour économiser sur les impôts.

Autre élément d’appréciation : la loi sur l’audio-visuel. Cette dernière est d’essence libérale… presque un peu trop, si l’on considère qu’elle ne tient pas compte des capacités du marché. Elle est aussi très attachée au respect des principes, comme le montre l’acharnement, victorieux, avec lequel la Haca a combattu les exceptions dont voulaient se prévaloir Medi 1 ou Radio Sawa. Cette philosophie place automatiquement les acteurs dans le champ libéral, face à leur marché, en leur ôtant la possibilité de se faire subventionner pour des raisons politiques… Sauf, en ce qui concerne le pôle public de la SNRT, lequel ne se mêle pas d’influence stratégique au-delà des frontières.

Le flou d’origine

La difficulté de l’exercice Medi 1 Sat est presque génétique. Sur sa conception, en 2002, il y avait un accord politique informel, entre Paris et Rabat, au niveau des chefs d’Etat, dit-on. Plus probablement au niveau de vrais représentants ou de personnalités auto-proclamées représentantes des chefs d’Etat. Comme d’habitude, ces éléments sont invérifiables.

Quoi qu’il en soit, l’élan de départ n’a pas été suffisant pour mobiliser les actionnaires de Medi 1-radio (l’Etat marocain, l’ONA et le groupe Benjelloun : tous les trois se sont récusés devant le montant de l’investissement, le flou politique et le peu de perspectives commerciales). Mais cet élan de départ a pu mobiliser la CDG et Maroc Telecom, qui, avec les actionnaires français, minoritaires, ont mis 25 millions d’euros au capital social, dont 10 seront des investissements en matériel.

L’accord n’est donc pas passé par les canaux des diplomaties ou des deux ministères des Finances des deux pays. L’idée fut donc de trouver sur le marché les moyens de faire tourner l’entreprise, même si, comme le dit Casalta, c’était une chaîne d’influence, donc politique.

N. S.

www.leconomiste.com


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