Table ronde autour des leucémies et des lymphomes
« Hémopathie lymphoïde : avancées diagnostiques et thérapeutiques » est le thème d’une table ronde organisée à Rabat en collaboration avec l’université Tor-vergata, Italie et des associations « AGIR » et « AVENIR ». Cette rencontre a permis de définir les modalités du projet pilote de coopération bilatérale, mais avant tout, elle se veut un espace d’échange d’expériences et de points de vue dans le domaine du diagnostic, du traitement et de suivi des hémopathies malignes : leucémies et lymphomes. Des progrès spectaculaires mondiaux ont été réalisés dans le traitement des cancers. La bonne nouvelle réside dans la capacité de cette maladie, particulièrement chez l’enfant, à être curable à plus de 90% dans les pays développés. Malheureusement au Maroc, on n’a pas encore atteint ces progrès, et environ 15% seulement de malades ont accès aux soins adéquats.
L’institut National d’Hygiène (INH) a organisé les 5 et 6 septembre dernier à Rabat en collaboration avec l’université Tor-vergata, Italie et des associations AGIR et AVENIR, une table ronde sous le thème "hémopathie lymphoïde : avancées diagnostiques et thérapeutiques". Cette rencontre a permis aux participants d’échanger leurs expériences dans le domaine du diagnostic, du traitement et de suivi des hémopathies malignes : leucémies et lymphomes. Les leucémies, des maladies également connues sous le nom de cancer du sang, sont des tumeurs malignes touchant essentiellement les globules blancs. Les formes chroniques évoluent lentement et sont plus fréquentes chez l’adulte après cinquante ans que chez l’enfant.
La leucémie lymphoïde chronique est la forme la plus fréquente et représente environ 30% des cas de leucémies. Les formes aiguës non traitées sont par contre fatales à brève échéance. Elles évoluent rapidement et touchent plus particulièrement les enfants et les adolescents environ 30% des cancers de l’enfant âgé de moins de 15 ans. Fort heureusement, l’évolution de la technologie a permis de lever le voile sur de nombreux mystères, notamment les cancers du sang. En effet, les spécialistes peuvent prévoir ses évolutions et disposent d’outils très efficaces pour les diagnostiquer et les traiter. Les leucémies particulièrement des enfants sont curables. Environ 90% des enfants peuvent être guéris. Les lymphomes sont des tumeurs du système lymphatique. Ce dernier assure la défense de l’organisme. Il est constitué par les cellules (lymphocytes) des ganglions, de la rate, des amygdales mais est aussi présent dans tous les organes (en particulier la moelle osseuse, l’intestin, les glandes,…). Ces affections ont également bénéficié de grands progrès dans leur prise en charge.
Chez l’enfant, la guérison peut être observée dans plus 90% des cas ; chez l’adulte, les résultats varient selon le type de lymphomes et du stade d’extension mais la guérison peut atteindre jusqu’à 60% des cas. Malheureusement, au Maroc on n’a pas encore atteint ces progrès. La prise en charge de ces affections nécessite des soins de qualité et ne peut être optimale que dans des centres hospitaliers équipés d’un plateau technique approprié et disposant d’une équipe médicale spécialisée. Elle requièrt également l’adoption de protocoles consensuels multidisciplinaires qui ont pour objectifs d’uniformiser la prise en charge sur le plan diagnostic et traitement thérapeutique.
Ce ne sont pas les compétences qui font défaut à notre pays pour améliorer la situation. Des hommes et des femmes compétents et motivés sont présent au niveau du CHU de Casablanca et de Rabat, mais l’offre de soins reste en deça des attentes des patients. De nombreux facteurs contribuent à cette insuffisance : manque de structures adaptées (deux unités publiques pour l’ensemble du Maroc). Dans la majorité des cas, les malades arrivent dans un état très grave, surtout chez les enfants car le cancer évolue très rapidement puisqu’ il survient sur un organisme en croissance.
La rapidité d’évolution permet aussi une rapidité de réponse aux traitements et donc de guérison. Les traitements de ces cancers dispensés dans ces unités reposent surtout sur la chimiothérapie, mais aussi sur la chirurgie et la radiothérapie. Ils sont souvent inspirés des protocoles internationaux. Des progrès ont été réalisés, mais les équipes médicales continuent à déplorer une proportion non négligeable de décès au début du traitement, de rechutes et de malades perdus de vue. La survie globale des malades traités dans les deux unités varie selon les types de cancer et de pronostic initial.
La demande est relativement importante par rapport à la capacité d’accueil. Les unités restent constamment confrontées aux carences enregistrées en termes de médicaments. En effet, chaque malade a besoin d’une somme qui varie entre 10.000 et 30.000 dhs par jour en médicament. L’assurance maladie ne couvre que 15% de ce budget, et il faut rappeler qu’une infime minorité de malades a les moyens de payer ses propres médicaments. Par ailleurs, le Maroc ne dispose pas de données épidémiologiques car il n’existe pas de registre de cancer. L’établissement d’un registre permettra de collecter des données fiables sur le diagnostic, d’orienter la politique de prévention, de repérer certains facteurs favorisants et aussi d’évaluer les besoins en termes de prise en charge initiale.
Projet de Centre d’hémato-oncologie pédiatrique (CHOP) L’unité de soins de l’Hôpital d’enfants de Rabat (HER), malgré tout le développement de son équipe soignante, ne peut plus assurer de façon optimale son rôle de soins, de formation et de recherche : personnel peu nombreux, patients très nombreux, rupture de stock des médicaments, familles indigentes, et surtout locaux exigus pour l’activité qui y règne. Cest ce qui a motivé le projet d’établissement d’un centre de référence d’hémato-oncologie pédiatrique qui se base sur deux grands principes directeurs clairs : grande activité de soins ambulatoires et grande activité de formation. Ce centre a pour ambition la décentralisation du traitement des cancers de l’enfant pour éviter des déplacements et des séjours coûteux sur le plan financier, familial et social.
Le principe de ce centre a été accepté par la Commission médicale consultative (CMC) de l’HER, et par le Conseil d’administration du CHU. Une étude de faisabilité a été réalisée par un expert canadien de SACO qui a insisté sur la nécessité de ce projet. Les études architecturales vont commencer et une campagne de collecte de fonds va s’organiser. Ce centre va être en quelque sorte le développement de l’unité d’hémato-oncologie pédiatrique qui existe déjà mais qui est devenue insuffisante. Il sera construit, équipé et géré grâce à un partenariat entre l’Etat, le CHU, l’Association de l’Avenir, ainsi que d’autres partenaires.
S.G | LE MATIN
Source : www.lematin.ma











